Alors qu’une certaine conscience environnementale se développe à l’échelle planétaire, les entreprises qui changent leurs façons de produire sont de plus en plus nombreuses. Mais qu’implique vraiment un virage vers la durabilité environnementale ? Regardons pas à pas les différentes échelles de démarche durable que peut adopter une entreprise par le design thinking.

 

1. Le modèle linéaire

Le modèle de production conventionnel le plus courant depuis l’époque de la Révolution industrielle se base sur un processus linéaire. Après l’extraction et la production des matières premières, celles-ci sont transformées pour produire des biens, qui sont distribués et consommés. Lorsque le bien arrive en fin de vie, il est jeté et termine dans des centres de tri avec des tonnes d’autres déchets non réutilisés. Afin de pallier à cette accumulation, il existe des solutions à différentes échelles.

Modèle de production linéaire.

 

Comment le design s’intègre-t-il dans ce processus d’amélioration de la durabilité d’une entreprise?

2. Du recyclage à la conception durable

Lorsque l’on parle d’un produit durable, il va de soit que le premier concept qui nous vient à l’esprit est celui du recyclage. Il est courant de recycler les différents composants du produit ou encore la matière qui les compose. Mais on peut également entendre le recyclage comme une réutilisation du produit tel qu’il est, c’est le réemploi, ou bien on peut récupérer, transformer et générer un produit de qualité supérieure, c’est ce que l’on appelle l’upcycling ou le surcyclage. La majeure partie des entreprises débute donc logiquement  son parcours vers la durabilité en se concentrant sur les diverses solutions de recyclage.

Il existe notamment des entreprises qui utilisent des matières alternatives ou de récupération pour réaliser des produits inattendus. Souvent, elles parviennent à faire changer la perception que l’on avait de l’objet récupéré. Par exemple, Freitag réutilise d’anciennes bâches de camions pour créer des sacs uniques. Dans ce cas précis, le recyclage concerne des produits qui ont atteint leur fin de vie et qui, sans l’upcycling, seraient considérés comme des déchets.

Freitag utilise d’anciennes bâches de camions pour en faire des sacs.

 

Un autre exemple : la marque Maximum ancre sa démarche de recyclage un peu plus en amont, au cours de la fabrication. Elle fabrique du mobilier en série à partir des rebuts de matière des filières industrielles (chutes, pré-séries, pièces de calage, purges, déclassements, excédents…). Cette entreprise durable met à profit les réflexes d’observation et de questionnement du designer industriel pour imaginer des solutions singulières de réutilisation des matières perdues au cours de la fabrication d’un bien.

Maximum produit du mobilier exclusivement à base de « déchets » industriels.

 

Mais que se passe-t-il une fois que le nouveau produit arrive à la fin de son cycle : il retourne à sa condition de départ et redevient un déchet.

3. La conception durable

L’étape supérieure sur l’échelle de la durabilité est donc celle d’anticiper le second cycle du produit en amont, lors de sa conception. C’est à ce moment-là que peut aussi intervenir un designer produit, en lien avec un ingénieur en éco-conception. En effet, prévoir ce qui se passera une fois que le produit aura rempli sa fonction d’usage, permet d’imaginer différemment l’architecture du produit et sa conception. Par exemple, le choix d’une conception mono-matière ou facilement démontable permettra de séparer aisément les matériaux qui pourront alors être plus aisément réutilisés ou recyclés. En outre, la question du choix des matériaux pourra favoriser une conception durable.

On appelle cette philosophie de production industrielle le cradle to cradle, lorsqu’un produit fabriqué doit pouvoir, une fois recyclé, produire à nouveau le même produit. Seul un ajout d’énergie ne peut entrer dans le cycle. Lors de cette phase, le designer concentre son apport sur le scénario de vie du produit et l’optimisation de l’architecture produit.

 

 

 

Vers un design durable : première étape d’une conception circulaire .

4. La gestion des ressources

A l’échelle de l’écosystème de l’entreprise, apprendre à maîtriser sa production signifie connaître parfaitement toutes ses étapes de fabrication et apprendre à éviter de générer des déchets tout au long de la chaîne de production. Il convient alors de penser à tout ce qui « sort » pendant les différentes étapes du processus. Il est important de considérer non seulement les rebuts solides et tangibles, mais aussi les sortants sous forme d’énergie et d’eau qui représentent des coûts significatifs ; pour l’entreprise comme pour l’environnement. La récupération des ressources sortantes en phase de production permet à l’entreprise d’optimiser ses gains en restant économe dans les moyens utilisés.

 

5. Un écosystème circulaire

Pour accroître encore la durabilité, il est finalement nécessaire de prendre du recul par rapport au système considéré jusqu’alors, en élargissant son interaction sur un territoire plus vaste. Cette étape est sans aucun doute la plus compliquée. Pour ce faire, il faut créer un réseau entre les différentes réalités productives et industrielles présentes sur le territoire. Au cours de cette étape, le designer peut participer à dresser les cartes d’interactions tissant les liens d’intérêts entre les différentes structures. C’est ce qu’on nomme le design systémique ou design des systèmes.

 

Le design systémique aide à créer des écosystèmes durables.

 

Ce modèle est encore en développement. Les entreprises qui ont adopté ce mode de fonctionnement en réseau ou en écosystème sont encore peu nombreuses. Nous pouvons tout de même citer l’exemple de l’entreprise 1083 qui produit un vêtement aussi courant que le jeans. Grâce à sa logique de fonctionnement en interactions, l’entreprise relève le défi de la relocalisation des compétences. Elle aide ainsi un territoire à retrouver et dynamiser son savoir-faire en matière de couture. Dans le même temps, elle mène une recherche fondamentale sur la réalisation de tissus recyclés.

 

L’entreprise 1083 est un bon modèle de fonctionnement territorial circulaire.

 

La réelle avancée obtenue en appliquant ce modèle de développement réside dans le fait de poursuivre en parallèle les trois aspects fondamentaux d’un design durable : les valeurs environnementales, sociales et économiques.

 

En conclusion, gravir l’échelle de la durabilité se fera pas à pas, du système linaire au système circulaire de l’entreprise puis à un écosystème interactif. Bien entendu, il n’existe pas une solution unique mais une multitude de méthodes, adaptées à chaque objectif d’entreprise. L’enjeu du design est donc d’aider et d’accompagner les acteurs au travers de ces étapes de transition vers une organisation plus résiliente.

 


Cet article a été pensé et rédigé par Les tamis : EG Design Studio et La Cime deux studios de design à Lyon, visitez nos pages web pour connaître nos services ou contactez-nous.