Les 3 & 4 juillet 2018, le bâtiment des Open Labs du CEA de Grenoble s’est transformé en centre de conférences, de rencontres et de partages autour des technologies de l’innovation appliquées au climat. Ideas Laboratory organisait en effet les Ideas Days sur le thème du climat. Le thème a été traité sous l’angle de l’innovation avec 4 grands invités pour les plénières et 39 conférenciers provenant de divers horizons (start-up, scientifiques, designers, associations, écrivains, économistes, explorateurs… etc.). Voici une lecture d’un point de vue design, de ce que l’on peut retenir de ces différents témoignages.

 

Ouverture

Cette édition fut ouverte par Jean-Louis Étienne, célèbre explorateur français et premier homme à avoir atteint le pôle nord en solitaire. Il nous a présenté son dernier projet d’exploration. Le scientifique a contribué à construire un navire conçu à la verticale pour résister aux vents violents de l’Océan Austral et ainsi pouvoir explorer une zone de 22 000 kilomètres autour de l’Antarctique. L’engin, appelé Polar Pod, entre le bateau et le sous-marin, embarque à son bord une cinquantaine d’instruments de mesure et permettra d’observer et d’analyser de nombreux éléments significatifs de l’évolution du climat. Disposant de 4 éoliennes, le navire vertical assure la vie de 4 ingénieurs, autonomes en énergie pendant les deux ans d’étude in situ. D’un point de vue conception, il s’inspire d’un ancien navire de guerre lui aussi vertical, Le FLIP actuellement encore la seule plateforme flottante capable de s’immerger à la verticale dans les eaux. De la même manière, le navire est tracté jusqu’à son lieu d’étude, puis sera basculé à 90° pour être immergé, afin d’être complètement perméable à la vague et donc ne pas y être contraint. Une vidéo explicative permet de mieux comprendre la manœuvre.

Par la suite, pas moins de 12 thématiques ont été traitées par des spécialistes au cours des différentes conférences. Les thèmes : les mobilités du futur, le biomimétisme, la robotique, la mode éthique ou encore l’intelligence artificielle.

« Ce sont réellement des journées de rencontres, où l’on vient s’inspirer, étudier, voir les dernières tendances de la société dans des domaines différents. »

–  Timothée SILVESTRE, Directeur de l’Ideas Laboratory.

Voici à titre d’exemple, le sujet de l’une des conférences : “Économie circulaire et construction d’une approche écosystémique de la ville durable” une autre, “La révolution numérique : le poids matériel de l’immatériel”  par Philippe Vion-Dury, le rédacteur en chef du Magazine Socialter.

 

École de design

Nous avons également pu assister à la présentation d’une école de design créée à Nice : The Sustainable Design School (ou SDS) par Maurille Larivière. Bien connu dans le milieu du design, Maurille Larivière a été durant 10 ans directeur des études et des diplômes à l’ENSCI Les Ateliers à Paris, puis a cofondé Strates Collège. ENSCI et Strates sont les deux écoles françaises faisant partie des 60 meilleures écoles de design dans le monde (classement Business Week). Il récidive en 2013 en cofondant The Sustainable Design School, avec Patrick Le Quément (ancien directeur du style chez Renault) et Marc Van Peteghem (architecte naval) ; une école de design et d’innovations. Cette école, qui teinte le design de manière plus durable, reprends les principes de Victor Papanek qui défendait déjà, dans les années 50, les principes d’un design responsable.

« Au travers d’une nouvelle approche de la pédagogie du design, nous cherchons à passer d’un design de l’avoir à un design de l’être.»

–  Maurille Larivière, cofondateur de SDS.

Comme dans de nombreuses écoles d’ingénieurs ou de marketing aujourd’hui, les études de design abordent l’Innovation Frugale, le Design Thinking, mais aussi d’éco-conception (Analyse du Cycle de Vie, empreinte écologique, économie circulaire…) et de leurs divers outils.

Avec une dimension sociale forte, ce nouveau diplôme national a pour vocation de former des designers, notamment des doctorants, autour de 4 grandes valeurs : sociales, économiques, réduction des inégalités et technologies au service de l’homme. L’école promet donc un apport beaucoup plus conséquent sur les sciences sociales ( sociologie des usages, anthropologie, sémiotique… qui sont en amont de toute approche de design.) En effet, comme souligne le fondateur, si la définition du design est « comment aider l’Homme à mieux vivre sur notre planète », alors la connaissance des autres est la première chose à comprendre pour un designer. Ainsi, la démarche méthodologique suivra le besoin du sujet, et non de l’objet. L’école propose la réalisation concrète de projets de recherche en innovation durable par les méthodes du design, auprès de petites et de grandes entreprises.

Un discours qui nous séduit, à l’heure où de nombreuses autres écoles de design ont déjà intégré ces enjeux – de manière plus ou moins poussée – à leurs programmes ; la Sustainable Design School fait du “design au service du développement durable”, un axe assumé de différenciation qu’il nous semble bon de noter.

 

« Ces journées de réflexion nous permettent de nous décentrer, de décaler nos points de vue et de poser un autre regard sur le monde. L’objectif est toujours d’innover à partir de l’humain, de favoriser cette rencontre avec bienveillance, en mode partage, pour innover tous ensemble. »

Michel IDA, Directeur des OpenLabs

 

Des exemples concrets

Nous avons ainsi découvert la marque Loom, qui nous a touché par sa démarche radicale : acheter moins ! Pour cela, la marque s’impose da fabriquer des vêtements faits pour durer. En utilisant des tissus avec des fibres beaucoup plus longues, elle assure beaucoup moins de déformation et une meilleure tenue dans le temps des vêtements Loom. Une initiative qui illustre assez bien la prise de conscience grandissante d’une mode responsable.

Une autre entreprise novatrice, dans un tout autre registre : Plastic Odyssey, a pour ambition de faire un tour du monde en nettoyant les océans. Au travers de cette expédition, l’idée est de créer un réseau mondial de lutte contre la pollution de l’Océan avec le développement d’une filière du recyclage qui transforme du plastique non recyclable en carburant, sous l’action de la chaleur, ensuite utilisé pour faire avancer le bateau autour du globe. Ce procédé, autosuffisant en énergie, peut produire jusqu’à un litre de carburant par kilogramme de plastique traité. Chargée sur le pont du navire, puis distribuée en open source, la technologie pourra à terme créer une économie locale et mondiale du recyclage grâce à la formation des acteur locaux à son utilisation.

 

Au total, une belle richesse de réflexions, d’initiatives et de motivations inspirantes, entourés des montagnes grenobloises. Cet évènement prouve que le croisement des regards peut faire émerger les discontinuités et innovations disruptives en y apportant la touche d’imagination nécessaire. Un bol d’air et d’ouverture d’esprit qui réanime la vision créative du designer, et la prise de recul sur les différentes formes d’entreprenariat engagé.