Nous vous retrouvons avec ce second thème du Milan design week 2018 pour un détour du côté de la jeune génération de designers. Après avoir été séduites par les marques incontournables et leurs fortes identités, ce qui nous a enjoué chez ceux que l’on appelle les “designers makers” c’est leur fraîcheur et leur grande liberté d’expression. Leur terrain de jeu s’étend entre les limites de la créativité et du pragmatisme, une prouesse autonome qui tient à de fortes contraintes économiques et de fabrication. Cela ne semble pourtant pas freiner ces nouveaux designers qui explorent le champ des possibles.

 

2/ Génération designer maker

 

Ce qui caractérise les makers à travers le design, c’est la volonté d’une recherche exploratoire qui remet au centre la préoccupation créative, mais aussi un grand sens du réalisme par l’expérimentation directe de la matière et de ses moyens de transformation.

 

L’enjeux principal étant la production autonome, le designer maker s’inspire de ce qui l’entoure et de ce qu’il a à disposition pour mener à bien ses créations. Il aiguise sa curiosité pour les matériaux et leurs techniques de transformation, en extrayant tout ce qu’ils peuvent produire de singulier voire d’exclusif au sein d’un marché fortement industrialisé. Il mue, passant du chercheur au concepteur et enfin à l’artisan.

 

ESPRIT LABORATOIRE EXPÉRIMENTAL ET CRÉATIF

Familier des ambiances fab-lab, le jeune designer défait des contraintes industrielles se réapproprie un terrain de jeu qu’il nous invite à découvrir. Il partage avec nous son cheminement et ses expérimentations qui prennent des formes diverses. Tout est permis, tout est prétexte à réinventer, en passant de l’expérimentation par la matière à l’expérimentation des formes par le processus de fabrication lui-même. On a plaisir à découvrir des créations dont la finalité n’est plus le seul enjeu, le processus créatif qui mène à ces objets intrigants prend alors tout son poids car il est la source de leur singularité et leur lieu d’exister.

 

“Un design malin qui s’amuse à repenser ce qui nous semble le plus évident.”

 

Le design de la jeune génération est souvent novateur. Cela peut s’expliquer par le fait de vouloir pallier des moyens restreints. Ces créateurs réinventent alors des solutions qui nous paraissent évidentes ou inévitables, de l’idée principale jusqu’aux principes d’assemblages.

Plus étonnant encore, quand le designer maker se situe à la frontière entre industrie et artisanat, il détourne et réinterprète des matériaux, process ou objets courants pour leur donner de nouvelles formes. C’est le cas à travers ces deux exemples : l’un détourne des profilés en tôle ondulée destinés à fabriquer les bidons pour en faire des tabourets. L’autre détourne quant à lui des fermetures Éclair qui s’assemblent en de voluptueuses ondulations donnant forme à un abat-jour.

 

UNE FORTE INTENTION ARTISTIQUE

Cette mouvance design jeune génération est un ensemble d’initiatives personnelles qui partent très souvent d’intentions artistiques. Elle exprime une volonté de se démarquer, loin de l’idée d’un design populaire. S’inscrivant en faux, elle prône des propositions singulières et décalées. A travers ces exemples, il nous est apparu une volonté d’explorer la matière et les formes par un travail de l’effet. La forte volonté de surprendre et de se laisser surprendre par une expérimentation débridée nous apparaît alors évidente.

 

JOUER AVEC LES SAVOIRS FAIRE

Comment parler de la recherche matérielle ou formelle sans parler de l’importance de maîtriser les savoirs-faire ? Effectivement les compétences artisanales sont très fortes dans ce champ d’expression. Elles se mettent au défi des idées pour rivaliser de prouesses et donnent lieu à des réalisations épatantes. Elles jouent aussi le jeu du détail et de ce qui ne pourra pas être reproductible à grande échelle, autrement dit, de ce qui redonne une vraie valeur aux pièces rares.

A travers ces photos on observe l’expérimentation de toutes les matières, en passant par le textile, où l’on interroge la maille, la broderie, retournant du côté de savoirs-faire anciens. Mais aussi par le bois, auquel on redonne une nouvelle peau par le travail du relief et de la surface. La porcelaine et le verre sont aussi mis à l’épreuve des jeux de transformation pour être sublimés.

Enfin, on devine dans ce processus l’importance de la temporalité, car la phase exploratoire demande un temps étiré en longueur. Un temps nécessaire à imaginer, à tester et à faire par soi-même. Un temps pour découvrir et perfectionner sa formule à la manière d’un artisan.

 

NAISSANCE DE PETITES PRODUCTIONS AUTONOMES

Toutes ces recherches donnent parfois naissance à de petites productions qui exploitent le fait main et des ressources peu onéreuses. Les produits sont généralement de bonne facture et misent sur de petits détails originaux. Un motif, une forme, des combinaisons exclusives… Enfin, elles donnent vie à des produits “coup de cœur”, des objets que l’on a envie de s’approprier et de garder.

 

Des séries limitées aux pièces uniques, là est bien le point fort de ces designers. Celui de recréer de la rareté.

 

 

Pour conclure, cette jeune génération nous donne envie de la suivre et de continuer à nous en étonner. C’est aussi ça le Milan design week, un fabuleux bouillonnement de création, des plus grandes enseignes aux entreprises plus autonomes… Une belle ouverture pour aborder le prochain thème des avant-gardes observées lors de ce long weekend !

 

Retrouvez également les autres thèmes du rapport d’étonnement “Milan design week 2018”:


 

FOCUS MARQUES / Les marques qui ont relevé notre attention par leur identité ou leur approche singulière du design.

DESIGN JEUNE GÉNÉRATION / Qu’apportent les petites productions des designers-makers sur la scène globale du design ?

AVANT-GARDE /  Les produits qui se sont distingués par une technologie, une approche, un univers avant-gardiste.

NARRATION / Un thème d’inspiration fort et récurrent tout au long de ce salon 2018.