Pour terminer notre tour d’horizon sur le Salon international de Milan 2018, faisons une halte pour vous parler de l’un des thèmes récurrents : le design narratif. Nombre de designers s’appliquent, au travers de leurs créations, à transmettre une histoire ; à construire sur un souvenir générique ou bien à extrapoler à partir d’une forme, une signification particulière. Voici ce que nous avons relevé se raccrochant à cette démarche.

 

4/ Se différencier par la narration

 

Il existe différents types de design narratif, souvent construit sur un inconscient collectif ou autour d’un usage, il peut aussi simplement être figuratif. Le design narratif consiste à penser l’identité d’un objet ou d’un écosystème d’objets comme un ensemble évocateur de souvenir.

 

LA NARRATION FIGURATIVE

Nous remarquons que certains stands arborent une esthétique singulière avec un parti-pris fort dans la scénographie. Des marques comme Moooï, interpellent par leurs stands à l’ambiance onirique. Tout comme son environnement, l’objet est narratif, il fait entrer l’observateur dans un univers entier, fourni et ludique. L’imaginaire peut être incarné par une forme ou un motif qui attire l’attention.

 

Inspirée de de la culture pop, la surprenante marque Seletti, propose de remettre au goût du jour le kitsch dans une ambiance décontractée. Le public est jeune d’esprit et toujours très empreint d’une nostalgie des années 80-90 et d’un attrait pour le ludique. Parler du bon goût n’a ici plus de sens, on parlera plutôt de second degré. En général, le design narratif traduit une volonté d’affirmer une personnalité, de se différencier en adoptant un côté décalé ou sympathique. Il crée très rapidement une affinité forte entre le possesseur et son objet. Le lien intime à l’objet est renforcé et ouvre le discours grâce à un trait d’humour, comme peut le faire la marque Moustache dans cette vidéo.

SCÉNOGRAPHIE ET NARRATION

Parfois, les pièces de mobilier présentées ne portent pas intrinsèquement de nouveauté, cependant, l’intérêt narratif repose dans la mise en scène du lieu. En effet, la théâtralisation de pièces de vie, crée des histoires du quotidien grâce à l’accessoirisation qui ornemente et anime. On trouve par exemple chez Cappellini, un jouet robot en plastique, un verre de saké, une piñata… L’imprégnation de diverses cultures populaires et traditionnelles donne au final une lecture universelle au groupe d’objets. Illisible à l’échelle individuelle de l’objet, ils créent une fois ensemble, une nouvelle histoire.

 

La scénarisation des objets peut rester dans une suggestion narrative assez subtile ; comme par exemple dans l’espace Hemma, que nous avons beaucoup aimé. Le design scandinave est réinventé, par des touches originales (une étiquette XXL, des altères en marbre…) Il nous rappelle parfois l’esprit du design constructiviste par ses formes géométriques mais avec un style plus dessiné et élégant.

 

La narration peut aussi passer par la gestuelle ou la cinématique d’usage. Souvent alliée à une dimension symbolique poétique (ci-dessous un design japonais : un diffuseur de senteurs par un moulin à air manuel). Alors, la poésie narrative prend tout son sens dans l’interaction avec l’usager, créant le mouvement.

Pour résumer, le design – étymologiquement “dessein” (l’intention) – porte le marqueur d’une volonté de faire sens. Le design narratif peut s’inscrire dans un registre poétique, ludique, populaire ou culturel. Nous notons cette année encore, que la volonté de créer du sens ou de raconter des histoires à travers les objets reste une valeur durable.

 

Conclusion générale

Le Salon de Milan 2018 est un rendez-vous international de qualité où il est agréable de flâner. La foule est bien présente durant ces quelques jours, elle se dilue tout de même dans les différents quartiers de la ville. Ce qui, contrairement à d’autres salons, permet de ne pas être assailli par de trop nombreuses informations en même temps. Le côté industriel du design étant moins présent au profit de l’exclusivité ou de séries plus raisonnables, cela ajoute de la légèreté à l’exploration. On relève quelques démarches raisonnées comme un intérêt pour la valorisation de déchets : des sujets très actuels. Pour autant, nous étions déçues de la faible surface concédée aux designers émergents et aux auto-éditions.

De nombreux sujets resteraient encore à traiter comme la notion de simplicité ou de design astucieux, qui feront peut-être les sujets de futurs articles. En bref : on en revient nourries, et habitées par une plus grande sensibilité aux formes et aux matières, à l’image de la référence de style qu’est la ville de Milan.

 

Retrouvez également les autres thèmes du rapport d’étonnement “Milan design week 2018” :


 

FOCUS MARQUES / Les marques qui ont relevé notre attention par leur identité ou leur approche singulière du design.

DESIGN JEUNE GÉNÉRATION / Qu’apportent les petites productions des designers-makers sur la scène globale du design ?

AVANT-GARDE /  Regard sur les produits qui se sont distingués par une technologie, une approche, un univers avant-gardiste.

NARRATION / Un thème d’inspiration fort et récurrent tout au long de ce salon 2018.